II. Ca s'annonce fort (P1)
"Je sors toutes les nuits jusqu'au matin
Je regarde le ciel et trouve que c'est bien
Que tout est très joli c'est l'essentiel
Aujourd'hui enfin je suis un nouveau né, ok..."
Astroboy
Bill ne rentra chez lui qu'à 2h30 du matin. Il marchait en zig zaguant sous les lampadaires de Revere Avenue, en se répétant que ce soir il avait peut-être un peu forcé sur la dose. Il s'applaudit presque en arrivant chez lui (il aurait pu ne plus se souvenir du chemin, après tout) et monta directement dans sa chambre. Il se déshabilla puis grogna en pensant qu'il ne pouvait pas prendre de douche à une heure pareille sans risquer de réveiller ses parents. Il haïssait avoir l'odeur de Machine sur lui. Il haïssait cette fille tout court, de toutes manières. Elle n'était qu'un objet, un truc à baiser. Elle faisait passer le temps.
Bill s'allongea sur son lit, n'ayant laissé que son boxer - sal qui plus est. Puis il jugea bon de le retirer aussi. Il se glissa sous sa couette, mit ses bras derrière sa tête et se prit à rêvasser. Qu'est-ce qu'il aurait aimé avec un vrai père. Un père qui apprend à son petit garçon à jouer au foot, qui enseigne à son fils les mécanismes de l'amour et du sexe, qui le guide et le conseille pour son avenir professionel. Non, lui à la place il avait cette espèce de bonhomme un peu grasouillet, qui aimait les vieux vins et les gros cigares, et qui s'était marié avec sa mère rien que pour se vanter d'avoir une belle femme mais qui ne parlait absolument jamais de son fils Bill. Il n'existait pas à ses yeux; il était juste là, un peu comme une tâche sur le mur qu'il faudrait nétoyer un jour ou l'autre.
Bill ne parvînt pas à trouver rapidement le sommeil. Le manque était là et le regardait avec son gros oeil noir. Ce manque, ce n'était pas la drogue. Il ne savait pas vraiment ce que c'était, mais il l'éprouvait toujours depuis qu'il était tout petit, au plus loin où remontait sa mémoire. C'était une sorte de gouffre, un trou qui avalait tout ce qu'il y avait à proximité de lui: amour, joie, gaieté, rire... Il sentait qu'il manquait quelque chose, mais quoi? Depuis dix-sept ans il ressentait ça, et depuis tout autant de temps il ne comprenait pas ce que ce creux faisait là. Il savait juste qu'il faisait mal, qu'il n'était qu'une grosse boule incandescente chauffée à blanc, et qu'il le brûlait toujours un peu plus chaque jour.
Une espèce de plumeau noir se faufila dans la chambre et sauta d'un pas léger sur le lit de Bill. C'était Soccoa, son chat noir à poils longs. C'était bien le seul être vivant au monde envers lequel Bill portait une certaine affection, un certain amour, hormis sa mère. Le chat vînt se blottir contre sa poitrine sans un bruit et Bill lui caressa la tête. Les yeux de l'animal brillaient dans le noir, et bientôt un ronronement s'éleva dans la chambre. L'androgyne ne parvenait à s'endormir qu'avec son chat, qui lui apportait un certain apaisement. Il ne disait rien, mais il était là et, même si c'était un chat, c'était déjà beaucoup. Soccoa se roula en boule et Bill s'endormit le nez dans son long et soyeux pelage.
Il se réveilla à onze heures le lendemain matin, samedi. Soccoa n'était plus là et avait dû sortir par la porte entrebâillée. Bill s'étira et lâcha un bâillement sonore avant se lever et d'enfiler son boxer de la veille pour se rendre à la salle de bain. Il se doucha et mit des vêtements propres, jetant ceux de la veille au linge sal. Il maquilla ses yeux de noir et descendit à la cuisine. Judson était là, assit à table, un bol de café noir à la main, les yeux rivés vers la petite télé fixée au mur. Bill fit une grimace en le voyant, puis entra dans la pièce sans un bruit. Il prit un bol dans l'étagère et se servit de café dans lequel il versa un peu de lait. Il s'assit ensuite à table.
- Bonjour, Bill, fit Judson dans un sourire faux.
- 'jour, répondit Bill sans même le regarder avant d'avaler une grosse gorgé de café chaud.
- Tu es déjà tout habillé? Constata Judson.
- Comme tu peux le voir, répondit désagréablement Bill.
- Tu comptes sortir?
- Exactement.
- Pour aller où?
- Chez un ami.
- Quel ami?
- S'appelle Andy, mentit Bill, sans toute fois vraiment mentir.
- Et tu vas faire quoi?
- En quoi ça te regarde?! T'as fini de me poser tes putains de questions?
- Ne sois pas grossier, s'il te plaît. J'essaye juste de m'interesser à toi.
- Faux. Tu ne t'interesses pas du tout à moi, tu veux simplement savoir tout mes faits et gestes et ça je ne le supporte pas, répliqua Bill. T'en a rien à cirer de moi.
Judson ne répondit pas tout de suite. Il restait bouche bée, les yeux rivés sur son bol de café. Au fond de lui, il bouillonait de rage. D'ailleurs son visage se teinta rapidement de rouge et ses mains se crispèrent sur l'anse de son bol. Qu'était-ce que cette rebellion?
- Bill, tu vas rester là et on va parler calmement, tu veux? Qu'est-ce qui te fait croire que je ne m'interesse pas à toi? Demanda Judson en faisant un effort immense pour ne pas laisser éclater sa colère. Les veines de son cou étaient toutes gonflées et le sang battait fortement dans ses tempes.
- Hors de question que je reste là. Tu n'as aucun ordre à me donner! S'écria Bill, hors de lui, en se levant de la table. Si tu crois que je vais t'obéir! Moi tout comme toi j'en ai rien à foutre de ta gueule! T'es pas mon père, alors n'essaye même pas de faire semblant.
A ces mots Bill quitta la table et s'apprêta à sortir de la maison, mais Judson le retînt par le bras.
- Lâche-moi! Ordonna Bill.
- Toi non plus tu n'as aucun ordre à me donner, dit Judson avec une électricité telle dans ses paroles que Bill en fut figé sur place.
- J'm'en fou tu me lâches.
- On a besoin de parler, toi et moi.
- Non. On a jamais parlé jusqu'ici alors je ne vois pas pourquoi on s'y mettrait maintenant. Et puis qu'est-ce que tu fous là? T'es pas censé bosser? Tu crois que maman peut bosser toute seule et nous faire vivre tous les trois?!
- Je te défends de me parler sur ce ton Bill!
- Je te parle sur le ton que je veux! Je suis même pas sûr que tu l'aimes maman! J'crois plutôt que tu t'es marié avec elle parce qu'elle était friquée, et que toi t'avais rien!
- Je suis professeur à l'université, bien sûr que j'ai une fortune! Et je n'ai tout simplement pas de cours à donner ce samedi matin! Et qu'est-ce qui te fais dire que je n'aime pas ta mère, hum?
Ce fût à Bill de rester sans rien dire. Mais il se reprit rapidement en main.
- Moi j't'aime pas. Et toi non plus tu m'aimes pas, alors arrête de faire semblant devant maman, dit Bill.
Judson, ne parvenant plus à maîtriser sa colère, mit une gifle monumentale à son fils. On entendit très distinctement les vertèbres du garçon craquer. Bill porta instantannément sa main sur sa joue déjà en train de rougir, puis il lança un regard tellement bourré de reproches et de haine à Judson que celui-ci le lâcha, se retourna et sortit de la cuisine.
- Sal connard, souffla Bill.
Il prit une veste et sortit de la maison.
Voilà, comme promis! J'ai pas encore trouvé le titre du chapitre, mais j'le mettrai plus tard! La suite ce soir ou... demain matin, normalement, s'il y a 20 com's^^.